Moon direct : le projet qui pourrait mettre l’Europe sur la Lune dans quatre ans

Le lancement réussi de Falcon Heavy a donné des idées pour le futur de la conquête spatiale. Parmi eux, Robert Zubrin, président de la Mars Society. Son plan pourrait renvoyer l’homme sur la Lune dans quatre ans : Découvrez comment !

Moon_village

Les origines de Moon direct

220px-Robert_Zubrin_by_the_Mars_SocietyPour les spacegeeks et professionnels du secteur, Robert Zubrin est très connu : depuis des décennies, il est le grand prédicateur de l’exploration de Mars. C’est dans  cette optique qu’il avait fondé la Mars Society, une association internationale visant à rassembler toutes les personnes favorables à une exploration de la planète rouge. Lorsque Elon Musk commença à réfléchir sérieusement à ce qui serait plus tard SpaceX, il s’adressa à la Mars Society et à Robert Zubrin.

Ce dernier avait gagné sa renommée en proposant le projet Mars direct, avec David Baker. Il s’agissait d’un design de mission extrêmement élégant, car il permettait à la NASA de poser des astronautes sur Mars dans des délais et avec un budget raisonnable. L’élément clé dans l’architecture de cette mission, c’est la capacité des vaisseaux à utiliser l’atmosphère de Mars pour produire du carburant. Je ne vais pas entrer dans les détails de cette mission ici, vous trouverez plus d’informations par là.

Zubrin était adolescent durant les missions Apollo. Cette épopée a vraiment marqué la psychologie du personnage, ainsi que ses aspirations. Malheureusement pour lui, toute sa carrière dans le secteur aérospatial fut marquée par les errements de la NASA quant au développement d’un lanceur lourd capable de prendre la relève de Saturn V, le lanceur légendaire des missions lunaires.

Le lancement réussi de Falcon Heavy vient enfin combler les besoins des Etats-Unis pour un lanceur lourd, et réutilisable qui plus est. Sa capacité de 63.8 t en orbite basse en fait un précieux atout (12t à la surface de la Lune), et vient chatouiller l’imagination fertile de Robert Zubrin. 

L’architecture de la mission Moon Direct

How-to-build-a-lunar-base-in-four-years-879x630.pngRobert Zubrin propose une architecture de mission à la fois simple et économique. En trois lancements de Falcon Heavy, Moon direct permettrait d’établir une présence sur notre satellite naturel.

Le premier lancement aurait pour but d’amener les instruments indispensables à l’établissement d’une base lunaire : un panneau solaire, une antenne de communication performante, un faisceau de puissance, une unité électrolyse/ réfrigération, deux véhicules, des rovers téléopérés. Ces derniers auront pour mission d’installer les premiers éléments de la base.

Le deuxième lancement permettrait d’apporter le coeur de la base : un module d’habitation de 12t, mais également des combinaisons spatiales, de la nourriture, les équipements scientifiques, les outils, etc. Là encore, les rovers seront à la manœuvre pour finir l’installation de la base, ainsi que pour explorer les environs et préparer le terrain.

Le troisième lancement mettrait alors sur orbite un simili de LEM, l’engin qui fut utilisé par les américains pour alunir. Mais à la différence d’Apollo, les astronautes ne partent pas avec ce troisième lancement : ils utiliseront une Falcon9 équipée d’une capsule Dragon pour rejoindre le vaisseau lunaire en orbite. Une fois le transfert effectué, Dragon restera en orbite terrestre tandis que le « LEM » partira vers son objectif.

Une fois sur place, Zubrin préconise d’utiliser les robots pour trouver de la glace à l’ombre d’un cratère. Cela permettra la production d’oxygène liquide et d’hydrogène, qui pourront être utilisés pour la propulsion. Les astronautes mèneront également des missions scientifiques. La mission lunaire pourrait durer plusieurs mois, selon Zubrin.

Une fois leur mission accomplie, les astronautes repartiront vers l’orbite terrestre, où ils se transféreront dans une capsule Dragon. Possiblement, cette capsule amènera avec elle du ravitaillement pour le LEM, ainsi que l’équipage destiné à la mission suivante.

 

Faisabilité économique et politique : une chance pour l’Europe ?

270px-Orange_tank_SLS_-_Post-CDR
SLS @NASA

Selon Zubrin, le coût de Moon direct est relativement modeste : 300 millions de dollars pour le lancement de la base (3 Falcon Heavy) et 60 millions pour le lancement de l’équipage (Falcon 9). C’est moins en coût de lancement qu’une seule utilisation du SLS, le futur lanceur lourd de la NASA. Le coût de la base en elle-même et du vaisseau lunaire devrait être de 350 millions de dollars également.

Pour moins de 1 milliard de dollars, la NASA pourrait établir une base permanente sur la Lune. Si ce chiffre vous donne le tournis, laissez-moi vous présenter quelques comparatifs :

  • 35 milliards de $: c’est le coût de développement du SLS, le lanceur de la NASA qui n’est pas prêt de voler.
  • 600 milliards de $: c’est le budget militaire annuel des Etats-Unis.
  • 18 milliards d’euros : c’est la contribution française à l’UE.
  • 730 millions d’euros (approximativement le coût de Moon direct) : c’est le prix de 10 chasseurs Rafale B.

Le coût de la mission Moon direct représenterait, en gros, 2$ par citoyen américain,et à peu près la même somme pour un citoyen européen. Pensez à ce que les Etats-Unis pourraient faire de leur budget « Latte sans sucre » chaque année !

Mais si les choses étaient aussi simples, nous serions déjà sur Pluton. Evidemment, des forces immenses sont à l’oeuvre derrière chaque budget, et il est extrêmement difficile de rassembler des sommes aussi dérisoires (à l’échelle du budget américain évidemment, pas à l’échelle de mon PEL).

A ces difficultés budgétaires viennent s’ajouter des difficultés administratives. La NASA a récemment annoncé qu’elle utiliserait SLS et non pas Falcon Heavy pour des missions futures. La mission Moon direct semble donc relativement compromise du point de vue américain….

Qu’en est-il de l’Europe ? L’ESA souhaite vivement avancer sur son projet de « Moon village », mais en jouant les diplomates de l’espace pour rassembler les différentes agences et les acteurs privés autour de ce projet. Pourquoi ne pas utiliser SpaceX ? Après tout, de nombreux acteurs européens passent déjà par cette compagnieprivée, qui n’est en définitive qu’une entreprise de prestation logistique. La création d’une base spatiale européenne serait un formidable projet, avec des retombées économiques et diplomatiques fortes ! Moon Direct pourrait être financé avec à peine 10% des contributions françaises à l’UE.

2-
@ESA
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