Comment l’une des pires erreurs de la NASA a contribué à la lutte contre le cancer du sein ?

Si vous considérez encore que la conquête spatiale ne sert à rien, cet article est pour vous.

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@Hubblesite.org

« Ah la boulette ! »

gh8oSyd.gifLe 24 avril 1990, après plusieurs années de développement, le télescope spatial Hubble est lancé en orbite par la navette spatiale (mission STS-31). Le déploiement de l’engin se fait sans problème, et les astronautes reviennent sur Terre.

Mais les tests de calibrage révèlent rapidement de graves problèmes :

  • Le miroir n’est pas parfait : un défaut de 2 microns (oui vous lisez bien, 0.002 mm !)
  • Le télescope se met en mode sauvegarde de manière impromptue (ce qui n’est jamais très bon signe…).
  •  Hubble peine à maintenir son orientation sur la zone étudiée.

C’est un revers extrêmement dur pour la NASA, qui venait de perdre quatre ans plus tôt la navette Challenger. L’affaire Hubble sera d’ailleurs ponctuée en toile de fond de nombreux revers : Problème de déploiement de l’antenne de la sonde Gallileo, perte de la sonde Mars Observer, défaillance de NOAA-13 (la NASA devrait arrêter d’utiliser ce nombre) et de LandSat-6.

200908311113496335_0« Failure is not an option » : C’est justement ce contexte catastrophique qui va pousser la NASA à se dépasser et à secourir le télescope Hubble. En 1993, la mission STS-61 permet de rétablir une grande partie des fonctions du télescope. Travaillant sous une intense pression politico-médiatique (sans oublier le fait de se déplacer à 28000 km/h) les astronautes remplacent plusieurs équipements :

  • Les gyroscopes
  • Instrument COSTAR
  • Caméra à champ large
  • Des panneaux solaires, fournis par l’ESA (c’est le suisse Claude Nicollier qui représenta l’agence).

Dès 1994, Hubble transmet à la Terre ses premières observations. Pourtant, il fallut encore revenir pour remplacer certains équipements.

 

S’adapter, innover, progresser

En 1997, la mission STS-82 apporte à Hubble de nouveaux systèmes de navigation,  un nouveau disque dur, et une caméra. Mais surtout, ce sont les deux spectrographes de l’engin qui sont remplacés par le STIS ou Space Telescope Imaging Spectrograph.

Le problème, c’est que ce nouveau spectrographe n’était pas compatible avec les technologies de traitement numérique d’alors. En 1994, on utilisait généralement des films photographiques pour transformer une observation en image (nos photographies traditionnelles). Pour numériser des images, il fallait disposer de CDD (Charge Coupled device). Ces puces en silicone convertissent directement la lumière captée en image numérique. Elles étaient largement utilisées par les astronomes pour leurs observations depuis les années 80, mais pas assez puissantes pour gérer Hubble.

Il fallut donc développer des CDD de nouvelle génération. C’est ce que fit l’entreprise Scientific Imaging Technologies Inc., contractuelle de la NASA.

Conscient des solutions que la nouvelle puce pouvait apporter à l’imagerie médicale, elle fut utilisée à l’identique dans des appareils de mammographie. Grâce à la très haute sensibilité de ces équipements, deux radiographies prises sous des angles différents et traitées informatiquement permettaient de localiser précisément la zone à risque. Il ne restait alors plus au médecin qu’à effectuer une biopsie grâce à une aiguille, et à placer un pansement qui pouvait être enlevé après quelques dizaines de minutes. Auparavant, les patientes devaient venir plusieurs fois à l’hôpital et subir des interventions assez lourdes.

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@ESA/NASA

 

Grâce à cette innovation littéralement tombée du ciel, ce furent près de 500.000 femmes par an qui virent leurs conditions de santé s’améliorer drastiquement. En permettant de mieux détecter les tumeurs les plus graves, en réduisant le temps des opérations, en donnant des résultats en temps réel, les coûts de santé furent considérablement réduits. Les services de santé américains estimèrent que plus d’un milliard de dollars furent économisés annuellement.

 

La morale de cette histoire…

Les innovations n’apparaissent pas par magie : il faut des conditions particulières pour qu’émergent du cerveau humain des solutions aux problèmes que nous rencontrons. C’est ce qui fait tout l’intérêt de la conquête spatiale. Les chercheurs, les ingénieurs et les techniciens sont plongés dans des situations extrêmes, où ils doivent trouver des solutions hors du commun.

C’est grâce à cet effort que nous pourrons donner le meilleur de nous-même, améliorer le quotidien de centaines de millions de personnes et relever les défis immenses qui se dressent face à l’humanité.

Vivien Destro

 

 

Pour en savoir plus, c’est par ici.

 

 

 

 

 

 

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