La conquête spatiale comme instrument de la puissance d’influence

Le spatial prendra inévitablement de plus en plus de place dans les affaires internationales. Outre les avantages matériels indéniables que nous procurent la conquête spatiale, nous abordons aujourd’hui le rôle de ce secteur dans la puissance d’influence étatique.

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@Nasa

Qu’est-ce que la puissance d’influence ?

Qu’est-ce que la puissance d’un état ? Des générations de politologues, de diplomates, d’économistes ont tenté de répondre à cette question qui peut sembler simple. Il faut dire que jusqu’à la Renaissance, le nombre de soldats constituait un moyen sûr d’évaluer la puissance étatique.

Mais depuis, d’autres dimensions se sont ajoutées : la puissance économique, évidemment. Avec l’industrialisation de nos sociétés, elle conditionne en grande partie la puissance militaire. Si vous avez les usines et les capitaux, vous aurez les canons, les chars et les avions nécessaires pour l’emporter. Mais depuis la Renaissance, un autre type de puissance a émergé, ce que Joseph Nye a conceptualisé sous le nom de « Soft power ». Il s’agit de la capacité d’un acteur à influencer le comportement d’un autre acteur sur la scène internationale, en n’employant aucun moyen coercitif.

Cette puissance d’influence est incarnée par de nombreux outils que les états se sont forgés avec le temps : aides humanitaires, philosophies politiques, mécénat, politique sportive, etc.

Deux exemples historiques de la puissance d’influence du spatial : les Etats-Unis et l’URSS dans la course à l’espace (1957-1969).

Dès 1955, les soviétiques ont su percevoir tout le potentiel d’un programme spatial. Et malgré cette perception, ils ont eux-mêmes été étonnés par le retentissement provoqué dans le monde entier par la mise en orbite de Spoutnik 1 en 1957. Suite à cet événement, de nombreux pays non-alignés ont été séduits par l’idéologie socialiste et les prouesses technologiques accomplies par l’URSS. Cet aura fut encore renforcée en 1961 par le premier vol habité de Youri Gagarine.

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A gauche Youri Gagarine, à droite le président indonésien Soekarno.

Face à cela, le programme spatial américain s’inscrit clairement en réaction. Kennedy, sous l’influence de son vice-président Johnson, a su relever le défi et organiser l’effort spatial de manière quasi-militaire. Les résultats ne se firent pas attendre. Aujourd’hui, la puissance d’influence du programme spatial américain est indéniable. Grâce aux missions lunaires puis au développement de la navette spatiale, les Etats-Unis ont attiré à eux de nombreux scientifiques, hommes d’affaires, investisseurs, etc. C’est certainement grâce à cette puissance d’influence que les américains ont pu accueillir un sud-africain aujourd’hui bien connu, Elon Musk.

Lorsque Armstrong et Adrin plantaient le drapeau américain, ce n’était pas qu’un bout de tissu : c’était le symbole de la victoire d’une idéologie sur une autre. Grâce à cet accomplissement extraordinaire, les américains ont créé une dissymétrie dans le rapport de force. Bien que les deux camps disposent d’une forte économie, de nombreux alliés, de milliers d’armes de destruction massive, les américains passaient devant les soviétiques car ils avaient été capables de faire ce que leurs adversaires cherchent encore à réaliser aujourd’hui.

 

Puissance d’influence française, puissance d’influence européenne

DIAMANT A1 Asterix 1On l’oublie trop souvent, la France fut la troisième puissance spatiale. Le programme spatial français, dérivé civil d’un programme militaire destiné à doter la France d’un missile pour ses armes nucléaires, s’inscrit clairement dans une stratégie d’influence.

C’est par la volonté du général de Gaulle que la France entra dans l’ère spatial en 1965, avec son satellite Astérix. Ce nom n’est pas du au hasard : il symbolise l’indépendance française, la résistance à des forces bien plus importantes qui ne sauraient la réduire.

Grâce à cette ambition nationale, la France a pu se placer au cœur de l’Europe spatiale, et avoir un véritable poids diplomatique. Notre pays a pu prouver sa capacité à mener des projets de grande envergure et à rassembler des efforts internationaux autour d’elle. Les compétences françaises dans le spatial sont louées et reconnues.

Aujourd’hui, d’autres acteurs s’investissent dans le programme spatial européen, car ils ont saisi les enjeux de ce secteur stratégique. La réalisation de missions impressionnantes comme Rosetta ou bientôt Exomars 2020 prouve que l’Europe spatiale est un projet qui marche, et qui apportent aux citoyens des différents pays concernés des avancées concrètes. Il me semble que c’est cette Europe là qui gagnerait à se développer dans l’intérêt de tous. Il me semble aussi que c’est par la puissance d’influence d’un programme spatial ambitieux que les dirigeants souhaitant rassembler les citoyens autour d’une destinée commune, quelle soit nationale ou européenne, pourraient s’appuyer.

Vivien Destro

 

 

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