L’impératif extraterrestre : un besoin biologique

 

La conquête spatiale n’est plus seulement une option : c’est un impératif qui conditionnera dans un futur plus ou moins proche notre survie en tant que pays, en tant que culture, et en tant qu’espèce.

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@NASA

Notre barrière psychologique

Vous connaissez certainement cette image célèbre, ce « coucher de Terre » pris par les astronautes d’Apollo 8. Ce cliché a eu deux conséquences pour l’humanité. La première, extrêmement positive, c’est que nous avons pris conscience que notre planète est relativement unique et fragile. Nous sommes tous à bord, et personne n’a envie que le bateau coule. La seconde conséquence, c’est que l’on a eu dès lors tendance à se représenter la Terre comme un bocal clos, un environnement coupé du reste de l’univers par des années-lumière de vide intersidéral. On ne saurait avoir une vision plus tronquée de la réalité. Mon ambition ici est de vous montrer que les limites de notre biosphère peuvent être repoussées en dehors de l’atmosphère.

Imaginez un paysan du Moyen-Âge : Quelle est la réalité matérielle de son monde ? Son royaume et les royaumes voisins, son continent peut-être. Au-delà, il suppose qu’il y a quelque chose, il a entendu des histoires de voyageurs. L’Océan marque la frontière physique du connu.  Aujourd’hui, vous trouveriez bizarre qu’un européen limite le monde à son continent, et qu’il considère l’Atlantique comme une barrière infranchissable. Il y a fort à parier que dans cinq cents ans, nos descendants aient la même condescendance vis-à-vis de nous.

 

Briser l’obstacle

Pourtant, malgré des réussites concrètes au vingtième siècle, une grande partie de nos sociétés est toujours paralysée par un obstacle psychologique, qui impose une limite à notre sphère d’évolution. Nous sommes un peu comme une chèvre attachée par un simple bout de ficelle : le plus important, ce n’est pas la solidité du lien, mais la force avec laquelle elle est persuadée qu’elle ne peut pas s’enfuir.

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Krafft Ehricke

Le premier à avoir saisi cette limite psychologique et culturelle, c’est l’allemand Krafft Ehricke. Membre de l’équipe de Werner Von Braun pendant la guerre, il s’exile aux Etats-Unis avec ce dernier et poursuit les travaux qui permettront aux américains de se poser sur la Lune. En 1972, il écrit un article intitulé « The extraterrestrial imperative« , où il explique que l’humanité est obligée de devenir une espèce interplanétaire (Vous trouverez le texte original ici). Jusqu’à sa mort en 1984, il ne cessa de combattre cette entrave psychologique par des conférences, des publications, des discussions avec les décideurs américains. Son objectif était de développer une philosophie de la conquête spatiale.

 

La croissance et la vie

Au cœur de la réflexion du scientifique allemand, il y a l’impératif biologique. Selon lui, les espèces doivent croître pour survivre. Et pour croître, elles doivent exploiter leur environnement. Le problème avec cette exploitation, c’est qu’elle peut être mortelle si l’espèce évolue dans un environnement clos. Nous en avons tous fait l’expérience : si comme moi vous oubliez régulièrement des restes dans des boîtes au frigo, vous aurez remarqué que rapidement, les bactéries colonisent tout l’espace disponible. Elles prolifèrent. Mais si vous laissez vraiment longtemps la boîte fermée, alors ce microcosme va peu à peu mourir.

Krafft Ehricke est tout à fait conscient que ce problème s’applique à l’humanité. Grâce à notre civilisation industrielle, nous avons rapidement proliféré. Mais il ne faudrait pas que notre « boîte » reste fermée trop longtemps. Constantin Tsiolkovski imaginait la Terre comme notre berceau. La métaphore est aussi valable : si nous voulons grandir en tant qu’espèce, il faudra tôt ou tard (et il est préférable que ce soit tôt) que nous quittions ce berceau.

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L’entreprise Spaceresources.lu avance à grands pas ! 

Ehricke souligne d’ailleurs que nous ne serions pas la première espèce à utiliser des ressources spatiales : Il y a bien longtemps, des organismes ont du développer une capacité appelée « photosynthèse », dont la propriété est de pouvoir utiliser l’énergie solaire. Je rajouterai, pour souligner que notre planète n’est pas un environnement clos, qu’il y a fort à parier que les éléments nécessaires à la vie, et pourquoi pas la vie elle-même, soient venus de l’espace. Depuis la création de la Terre, notre planète reçoit en permanence du matériel spatial, que ce soit de la lumière ou des météorites. Depuis 1957, nous avons inversé cette « balance commerciale », en envoyant dans l’espace plusieurs centaines de tonnes en orbite et au-delà. Et bientôt, grâce au développement technologique, nous serons en mesure de ramener sur Terre des ressources que nous pourrons exploiter. Cela ne relèvera bientôt plus de la science-fiction, des projets sont bien avancés et disposent d’investissements solides, notamment au Luxembourg.

 

Lorsque cette double frontière, à la fois psychologique et technologique sera dépassée, nous entrerons probablement dans une période de croissance exceptionnelle. Songez au saut incroyable que nous a permis la découverte des Amériques : Les progrès scientifiques, les bouleversements philosophiques, l’apport prodigieux de capitaux nouveaux sont à la base du développement de notre civilisation actuelle. Quelle société pourrons-nous créer une fois que l’humanité aura pris conscience qu’elle n’a pour seule limite que sa volonté, et que les ressources à sa disposition sont illimitées ?

 

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@Representational image

 

 

 

 

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