Non, la conquête spatiale ne coûte pas cher (3/3)

Longtemps marquée par le sceau du monopole gouvernemental, la conquête spatiale s’ouvre de plus en plus au secteur privé. Il faut dire que non seulement l’espace coûte de moins en moins cher, mais surtout elle permet de rapporter de l’argent! Pour le moment, trois types d’activités commerciales se dégagent : l’accès à l’espace, l’exploitation de l’orbite terrestre, et bientôt les séjours dans l’espace. La rentabilité commerciale de l’espace sera l’objet de ce troisième et dernier article.

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@SpaceX

L’accès à l’espace

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@Arianespace

Donner un accès a toujours été un bon moyen de gagner de l’argent : on transporte des marchandises ou des hommes par bateau, on achète un billet d’avion, on prend le taxi. Pour l’espace c’est la même chose : certaines entreprises ont pour activité de donner accès à l’orbite terrestre, voire au-delà.

Historiquement, ces entreprises sont publiques, et assurent aux Etats la mise en oeuvre des moyens de satellisation. Prenons l’exemple d’Arianespace : l’entreprise fut créée afin d’assurer aux Etats européens participants un accès autonome à l’espace. La motivation primaire est d’ordre géopolitique. Arianespace permettra de passer outre les américains qui avaient refusé de lancer des satellites européens à usage commerciaux (ce qui aurait brisé leur monopole). Le lancement depuis le territoire français permettait aussi d’éviter que du matériel militaire sensible transite par un pays étranger, fusse-t’il ami. Mais au début de l’aventure, les lancements institutionnels (2 par an) ne permettent pas d’assurer une rentabilité industrielle, qui s’appuie sur un nombre de lancement minimum. La situation de ce marché gouvernemental pousse Arianespace à offrir ses services à des opérateurs de satellites. Le premier client historique d’Arianespace fut Intelsat. Depuis, le carnet de client de l’entreprise ne cesse de s’allonger, fournissant un accès à l’espace extrêmement fiable.En 2014, l’entreprise affichait un bénéfice net de 3 millions d’euros, et une hausse de son chiffre d’affaires de 41%. Outre-Atlantique, Lockheed Martin réalise une marge de 12.6% sur ses lancements.

Le problème de la création d’une entreprise de lancements, c’est que cela représente un investissement extrêmement élevé, que seul un Etat est en principe en mesure d’assurer. L’essor de Space-X est un exemple intéressant à ce titre : il ne s’agit pas d’une entreprise publique qui propose ses services à des entreprises privées. Space-X est une entreprise privée qui a bénéficié du soutien du secteur public via des contrats. Grâce à ce soutien, Space-X a pu sécuriser ses positions et développer les technologies qui devrait lui permettre à terme de révolutionner le marché du l’accès à l’espace. En effet, grâce à la réutilisation des lanceurs, Space-X pourrait potentiellement réaliser une marge de 40% sur ses activités : de quoi financer de futurs développements, ou bien supporter victorieusement une guerre de prix sur le marché mondial.

L’exploitation de l’orbite terrestre

Il y a deux grands modèles économiques pour l’exploitation de l’orbite terrestre : l’accès aux systèmes de télécommunication, et la vente de données.

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Amélie Poulain a bien compris le principe de la télécommunication satellite!

Les systèmes de télécommunication sont les plus connus du grand public : certains d’entre nous ont déjà monté une parabole ou une antenne pour pouvoir regarder nos programmes télévisés préférés. Les téléphones satellites sont aussi de plus en plus répandus, et assurent une bonne qualité de l’appel même dans les contrées les plus reculées. L’entreprise Intelsat, par exemple, assure la retransmission des programmes des chaînes de télévision, et ce même en très haute définition. Des communications gouvernementales sont aussi prises en charge. Aujourd’hui, les grands opérateurs de satellites sont victimes de leur succès. Ils font face à de nouveaux concurrents qui prennent des parts de marché et tirent les prix à la baisse. Intelsat affichait tout de même pour 2016 un revenu de 542 millions de dollars, en hausse par rapport à 2015.

Le recueil de données est une activité en pleine croissance, notamment grâce à la mise en oeuvre des nanosatellites. Sur une plateforme relativement peu coûteuse, vous pouvez installer des instruments permettant de recueillir des données susceptibles d’intéresser d’autres entreprises. Ces données peuvent être des images, des informations météorologiques, des données scientifiques, etc. Elles sont exploitées ensuite par des entreprises plus ou moins célèbres (Google maps par exemple!) pour des usages quotidiens, professionnels, voire gouvernementaux (IGN Espace en France). Avec les problématiques liées au réchauffement climatique, l’observation de la Terre est devenu un enjeu crucial, et par conséquent un marché fructueux. D’autres secteurs bénéficient des données satellitaires : immobilier, agriculture, aviation, etc.

Séjourner dans l’espace

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@BigelowAerospace

Nous n’y sommes pas encore, mais ce secteur est inévitablement amené à se développer du fait des possibilités offertes par la micro-gravité. Le tourisme spatial pourrait aussi se développer prochainement.

A partir de 2024, l’ISS pourrait devenir le premier habitat en location de l’espace. Le financement de cette structure pourrait être pris en charge en louant des modules à des entreprises privées. La station spatiale internationale pourrait être une formidable base de départ pour la commercialisation de l’orbite basse terrestre, avec de nombreuses activités : lancement de nanosatellites, recherche & développement en microgravité, tests de technologies spatiales, hébergement d’expériences scientifiques, observation de la Terre, etc. Les applications sont nombreuses! Boeing pourrait éventuellement être intéressé.

A plus long terme, le développement de stations spatiales commerciales pourrait être en soi un modèle d’affaires. C’est cette perspective que souhaite développer Bigelow Aerospace, avec ses modules gonflables. Robert Bigelow a développé ses chaînes d’hôtels dans l’ensemble des Etats-Unis. Sa logique est simple : pourquoi ne pas faire la même chose dans l’espace? Il faudra bien que quelqu’un construise les maisons spatiales, et les vende ou les loue. Comme pour le projet de l’ISS, les stations spatiales de Bigelow pourrait servir de base à la commercialisation de l’orbite basse. Mais elles pourraient aussi abriter les premiers hôtels spatiaux!

L’espace ne coûte pas cher. En fait, l’espace ne « coûte » pas : il s’agit d’un investissement, dont la rentabilité à long terme est sans commune mesure avec ce que nous avons déjà réalisé. Dans cette perspective, il faut replacer les projets de colonisation spatiale, et l’exploitation des ressources minières des astéroïdes. Ces deux projets pourraient ouvrir à l’humanité son âge d’or, et trouver les solutions aux défis qui nous attendent sur Terre.

 

 

 

 

 

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