Non, la conquête spatiale ne coûte pas cher (1/3)

La conquête spatiale est sans conteste la plus grande aventure que nous ayons entrepris. Pourtant, elle peine depuis ses débuts à trouver des fonds suffisants pour mener à bien les missions qui nous permettraient de la pousser plus avant. L’homme est ainsi fait que chacun possède ses intérêts particuliers, et la conquête spatiale n’est pas nécessairement dans l’intérêt de tous. Dans cette lutte, les adversaires de l’espace ont un argument : le coût prohibitif. Le Spatioscope vous propose trois contre-arguments prêts à l’emploi. A utiliser sans modération!

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1) La conquête spatiale ne coûte pas cher si l’on se rapporte à d’autres dépenses beaucoup plus contestables : l’exemple des années soixante aux Etats-Unis. 

Les années soixante furent marquées par deux aventures historiques pour les Etats-Unis : le programme Apollo (1961-1975) et la Guerre du Vietnam (1955-1975). Il est intéressant de tracer un parallèle entre ces deux éléments, car ils se déroulent à la même époque et ont les mêmes justifications (la lutte contre le socialisme). Pourtant ils n’aboutissent pas aux mêmes conséquences en politique intérieure, en diplomatie, et au niveau budgétaire.

apollo-11-heros-620Le programme Apollo est encore aujourd’hui (et pour longtemps) un sujet d’extrême fierté pour les américains. Il correspond pleinement à une mythologie nationale qui s’est construite depuis la Révolution : un pays d’hommes libres, unis autours de valeurs démocratiques, ayant une « destinée manifeste » et poursuivant la prospérité économique et le progrès scientifique avec ardeur. Outre l’exploit technologique et humain qu’à constitué le programme Apollo, il permit de conforter le peuple américain dans la vigueur de leur nation et l’efficacité de leurs institutions.

La Guerre du Vietnam se justifia initialement auprès de l’opinion publique en puisant dans le même corpus de valeurs qu’Apollo. Mais les erreurs stratégiques, les bavures tactiques, le prix humain à payer, finirent par déstabiliser très durement le pays. De nombreuses manifestations eurent lieu, se terminant parfois dans le sang. Des mouvements de contestation se formèrent, des objecteurs de conscience émigrèrent au Canada, des personnalités s’opposèrent publiquement au conflit. Les vétérans furent dénigrés. Le Vietnam laissa une cicatrice profonde dans la société américaine.

Au point de vue diplomatique, Apollo concrétisait la victoire américaine dans la course à la Lune. Le programme permit de montrer de manière pacifique la supériorité technologique et scientifique des Etats-Unis sur l’URSS. D’une certaine manière, Apollo constitue l’illustration la plus parfaite du concept de « soft power ». Les nations du Tiers-Monde qui avaient été subjuguées par les triomphes de Spoutnik et de Gagarine, se tournèrent à nouveau vers l’Amérique.

Pour la Guerre du Vietnam, l’effet fut là aussi bien différent : taxés d’impérialisme, condamnés par de nombreux pays, exposés aux bavures médiatiques, les Etats-Unis ne purent donner qu’une piètre image d’eux-mêmes. L’affaire du massacre de My Laï n’est qu’un exemple parmi d’autres qui purent être largement exploités par l’URSS. Dans la guerre idéologique que fut le conflit Est-Ouest, le Vietnam fut une défaite coûteuse pour les Etats-Unis.

Le prix du programme Apollo fut de 25 milliards de dollards (1973), et trois vies (l’équipage d’Apollo 1). L’argent fut investi directement dans l’économie américaine, en soutenant près de 2000images00 emplois directs et indirects. Orientés largement vers la recherche et le développement,  ces investissements permirent de développer des technologies cruciales.

La Guerre du Vietnam coûta 111 milliards de dollars courants, 58177 vies américaines et plus de 150000 blessés. Les pertes matériels furent importantes (près de 8500 avions et hélicoptères furent détruits).

En France, le Centre National d’Etudes Spatiales dispose d’un budget de plus de 2 milliards d’euros (2015). Evidemment très modeste par rapport au budget de la NASA (19 milliards de $ en 2016), il est tout de même le deuxième au monde en dépense par an par habitant. Replaçons le budget du CNES dans le cadre des autres dépenses de l’Etat. L’objectif ici n’est pas de montrer que l’espace est plus important que d’autres dépenses, mais de montrer que le « coût prohibitif » de la conquête spatiale reste tout de même relativement acceptable.

  • Ainsi, le budget du CNES est un peu inférieur à celui de la culture (2.5 milliards, 15e poste de dépense de l’Etat sur 20), et aux anciens combattants (2.6 milliards).
  • C’est quatre fois moins que les dépenses allouées à la gestion des finances publiques et des ressources humaines (8.2 milliards).
  • C’est quinze fois moins que le budget de la Défense (31.8 milliards).
  • C’est presque vingt-cinq fois moins que l’Education Nationale (50 milliards au PLF 2017).

Surtout, il faut souligner les retours sur investissements de ces dépenses. Dans ce domaine, le spatial est à la pointe. Ce sera l’objet de notre second épisode!

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