Rapport Open Space: L’heure de la prospérité spatiale a sonné!

L’ancienne ministre de l’enseignement supérieur et de la recherche et députée de l’Isère, Geneviève Fioraso, a remis en juillet dernier son rapport sur l’avenir de la politique spatiale européenne au Premier Ministre. Elle présentait à nouveau ce rapport cette semaine dans le cadre du premier atelier “Espace et numérique”, organisé par le CNES. Elle dresse une ligne ambitieuse pour la France dans le domaine spatial.

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Souveraineté et indépendance : les incontournables

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Voir notre article sur la France et l’espace

“Le spatial reste un domaine de souveraineté”: Pour Geneviève Fioraso, cette question de la souveraineté est fondamentale en raison de l’aspect dual de l’industrie spatiale française: les technologies utilisées pour envoyer des satellites dans l’espace sont aussi utilisées pour assurer notre dissuasion nucléaire et maintenir la supériorité technologique sur nos adversaires actuels ou à venir. Il s’agit d’une constante de la politique spatiale française: dès la IVe République, la France s’était intéressée de près aux technologies des fusées. Dans le cadre de la politique “Tous azimuts” du Général de Gaulle, la maîtrise de ces technologies étaient indispensables pour donner à la France les vecteurs de sa puissance nucléaire.  C’est d’ailleurs sous sa présidence que la France spatiale fut fondée, avec l’utilisation des premières fusées, la création du CNES, la création du Centre Spatial Guyanais, la mise en orbite d’Astérix, etc. Le rapport actualise et adapte au contexte les ambitions dressées par le Général dans les années 1960.

Par ailleurs, le spatial est un domaine dont les applications dans la vie quotidienne sont tellement nombreuses que l’on ne peut pas aujourd’hui se permettre de laisser cela de côté. N’oublions pas les raisons qui avaient poussées les européens à se rassembler: “ Parmi les conditions d’accès au lanceur américain Delta, la Nasa interdisait par exemple en 1974 à la France et à l’Allemagne de commercialiser les capacités du satellite de télécommunication Symphonie afin de protéger l’opérateur américain IntelSat”. L’accès à l’espace ne peut pas être confiée à quelqu’un d’autre, en raison de son caractère hautement stratégique. Même au sein de l’Europe, la France a toujours gardé un certain contrôle sur les activités spatiales, que ce soit via les financements, les postes de décision, ou les infrastructures.

A ce sujet, le rapport consacre deux chapitres à ces outils de la souveraineté: l’un nous explique Ariane 6 et son modèle économique, le second nous présente le Centre Spatial Guyanais. Ces éléments doivent permettre à l’Europe, menée par la France, de se démarquer dans le jeu mondial.

Une stratégie spatiale française en Europe

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Toulouse, capitale européenne de l’espace? Crédits: Cité de l’espace

Mais pour pouvoir conserver et renforcer notre position, il faut mettre en place une stratégie sur le long terme.

Consciente de la nécessité pour la France de se positionner en tête des autres nations du continent, Geneviève Fioraso souligne cependant les limites de l’Europe dans la réalisation d’une politique spatiale ambitieuse. Selon elle, la doctrine trop libérale de l’Union Européenne empêche la création de champions qui soient compétitifs avec le secteur spatial américain soutenu à grands renforts de financements publics. L’absence d’une stratégie clairement définie, les objectifs divergents des différents états et organisations, l’incapacité à soutenir directement les acteurs handicapent grandement toute émergence d’une vraie industrie spatiale européenne qui serait compétitive et innovante.

Pour Geneviève Fioraso, il faut donc agir vite en définissant une vraie stratégie spatiale. Cinq grands objectifs sont à atteindre:

  • La France doit assumer sa position de puissance spatiale au sein de l’Europe. Cela passe par la mise en valeur de nos industries et de nos infrastructures, et par une volonté politique clairement exprimée. A ce titre, elle regrette qu’il ne soit plus fait mention de l’espace dans un portefeuille ministériel depuis 1992 (nous écrivions il y a quelques mois sur la nécessité d’un ministère de l’espace, une solution déjà adoptée par l’Inde). Toulouse doit devenir la capitale spatiale européenne.
  • La France doit soutenir ses entreprises pour créer de la richesse et de l’emploi: cela signifie qu’il faut mettre en place des financements publics suffisamment flexibles pour se plier aux nécessités du marché, encourager la prise de risque, créer un fond d’investissement, stimuler le marché des applications satellitaires.
  • Il faut développer un cadre propice à l’innovation. Pour Geneviève Fioraso, cela passe en priorité par la création d’un écosystème de start-ups.
  • Les carrières spatiales doivent être valorisées et encouragées.
  • Développer une culture spatiale, notamment grâce à une politique éducative spécifiquement orientée, et à une politique de communication.

Son rapport dresse une France tournée vers l’avenir, actrice des changements majeurs de l’industrie, et au centre de l’innovation spatiale en Europe. Face aux opportunités et aux menaces du New Space, elle propose un Open Space qui capitaliserait sur le savoir-faire français en la matière pour tirer les fruits de l’économie spatiale qui se construit rapidement.

Open Space: le choix de la prospérité économique grâce au numérique spatial

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Crédits: Spacenews.com

Le rapport de Geneviève Fioraso se veut très réaliste: pas d’annonce de création d’une colonie martienne d’un million de personnes dans les vingt années à venir. Pas de projet de village lunaire. Pas de navette spatiale européenne. Tant pis pour le spectacle, mais ce n’est peut-être pas un mal. L’ancienne ministre propose des solutions concrètes qui, à moyen terme, nous permettront de conserver notre leadership dans le spatial commercial. Un mot d’ordre: “l’argent, c’est le nerf de la guerre”. Dans un environnement économique contraint par la crise, la priorité est d’assurer à nos industries les revenus nécessaires à la R&D.

Pour Geneviève Fioraso, les progrès ininterrompus du numérique doivent attirer l’attention des décideurs du domaine spatial. Elle a identifié depuis longtemps les moteurs possibles d’une économie spatiale qui existe déjà aux Etats-Unis: Les GAFA (Google, Apple, Facebook, Amazon) nourrissent des ambitions spatiales ET disposent des fonds pour les assouvir. Ces géants souhaitent pouvoir apporter l’internet gratuit à l’ensemble de la planète, et ainsi ouvrir de nouveaux marchés.

L’objectif est donc d’attirer ces clients potentiels et de leur proposer des solutions fiables aux coûts prévisibles. Rappelons que le premier satellite Facebook se trouvait à bord de la Falcon 9 qui a explosé en septembre. Quelques semaines plus tard, Ariane 5 effectuait sans problème son 74e vol réussi d’affilé, et s’approche doucement des 100 vols effectués. Les européens peuvent encore jouer la carte de la fiabilité, mais pour combien de temps? A long terme, Space-X ou un autre pourrait remettre en cause l’existence même d’Arianespace. Néanmoins, ne sombrons pas dans le désespoir: le choix de OneWeb de s’associer dans une JointVenture à Airbus (et en partie à Arianespace pour la satellisation) montre que le combat soutenu entre autre par Geneviève Fioraso est le bon, et qu’il pourrait porter ses fruits.

A long terme, le rapport souligne que “les développements technologiques actuels permettent d’envisager, dans un avenir prochain, le lien entre l’infrastructure satellitaire et les domaines de l’internet des objets, de la télémédecine, de la pédagogie numérique ou des véhicules numériques, ou des véhicules autonomes. D’autres applications, que nous ne prévoyons pas encore, apparaîtront encore dans les années à venir, tirés par les besoins sectoriels. La France, qui conjugue de nombreux domaines d’excellence, peut et doit être motrice de ce changement”.

Espérons que le gouvernement français saisisse l’importance d’agir de manière décisive en faveur d’un secteur stratégiquement indispensable, scientifiquement dynamique et économiquement rentable.

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