Mars: les 5 défis du projet d’Elon Musk

Hier soir, Elon Musk annonçait son plan d’action pour accomplir un objectif qu’il se fixait depuis longtemps: coloniser Mars. Les défis à surmonter sont évidemment à la hauteur des ambitions de Space-X. Le Spatioscope passe en revue les défis technologiques, économiques, psychologiques, socio-politiques  et diplomatiques de l’aventure martienne par Elon Musk.

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Elon Musk nous explique tranquillement comment il va amener un million de colons sur Mars en moins d’un siècle. Pas de stress. Crédits:Space X

1) Le défi technologique

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Crédits: Space-X

C’est probablement celui sur lequel Space-X a le plus de prise: une très grande partie des technologies qui seront utilisées (lanceurs réutilisables, bouclier thermique, production de carburant à partir de ressources martiennes, etc.) ont déjà été éprouvées.

Les équipes de Space-X ont d’ailleurs travaillé d’arrache-pied pour pouvoir faire la démonstration du nouveau moteur Raptor qui équipera le transport interplanétaire. De même, Elon Musk a pu montrer quelques clichés du réservoir qui équipera le futur vaisseau. Là aussi les efforts consentis par les employés de Space-X ont été importants pour terminer dans les délais.

Pas d’informations cependant sur le système de vie. Elon Musk assure que le voyage sera « fun ». Mais il faudra trouver des solutions pour que la centaine de colons ne se retrouve pas irradiée par les rayons cosmiques et autres joyeusetés spatiales.

L’architecture de la mission reprend des concepts déjà étudiés depuis longtemps, notamment la production de carburants sur Mars (mission Mars Direct), ou bien le ravitaillement en orbite. Mais pour Elon Musk, le défi n’est pas tant de planter un drapeau sur Mars que d’y aller à moindre coût, et d’y rester. Abordons le deuxième défi.

2) Le défi économique

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Crédits: Space-X

Space-X est une entreprise. A ce titre, elle doit pouvoir assurer une certaine rentabilité. Elon Musk ne s’est pas étendu sur le modèle économique des voyages vers Mars, mais il est clair que la rentabilité conditionnera le succès de la colonisation.

Tout d’abord, le billet pour Mars sera payant: Musk souhaite qu’il soit équivalent au prix d’une maison de classe moyenne. On espère que pour ce prix là, on aura le droit à son logement sur Mars! Quoiqu’il en soit, il s’agit d’un prix très modeste si l’on considère que poser un astronaute sur la Lune a coûté en moyenne une centaine de milliards de dollars…Le mot d’ordre du CEO de Space-X est « réutisabilité ». Durant sa conférence, il montre de façon claire la différence de prix pour un billet d’avion à usage unique et à usage multiple. Pourquoi pas pour un vaisseau spatial avec une capacité de 100 personnes?

On imagine aussi que des billets aller/retour seront disponibles, pour permettre à des chercheurs du monde entier de s’installer 1 ou 2 ans sur la planète rouge, puis de rentrer sur Terre. D’autres services annexes pourraient être envisageables: mise à disposition d’équipe de recherche, installation d’infrastructures pour le compte de compagnies privées ou publiques, location de matériels d’exploration etc.

Space-X devrait poursuivre ses activités commerciales actuelles, voire les étendre rapidement si la Falcon-9 prouve sa capacité à effectuer plusieurs vols. Les mises en orbite de satellites ou de fret ou d’équipages permettront de financer en partie le projet martien, surtout à ses débuts.  Elon Musk envisageait aussi une activité de livraison terrestre: il faut dire que son vaisseau pourrait permettre de livrer plusieurs dizaines de tonnes de matériel en moins de 45 minutes sur n’importe quel point du globe. Utile pour le fret, certes, mais ne doutons pas que le Pentagone y verra un tout autre avantage…

3) Le défi psychologique

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A considérer que le modèle économique de Space-X soit théoriquement viable, qu’en est-il en pratique? Seriez-vous prêts à vendre votre maison et l’intégralité de vos biens pour partir vous établir sur Mars pour toujours? La réponse est oui!

Dans le cadre de l’appel à candidats de Mars One, des centaines de milliers de personnes ce sont portées volontaires pour effectuer le voyage de leur vie. Pour rappel, ce projet visait à établir une petite colonie à la surface de Mars, en se finançant grâce à une émission de télé-réalité. Selon de nombreux experts spatiaux, ce projet n’était technologiquement pas viable.

Dans l’histoire, des millions de personnes ont déjà réalisé un voyage similaire: le processus de colonisation du XVI au XIXe siècle. Ces personnes sont souvent parties en abonnant tout derrière soi, pour un voyage dangereux et souvent sans retour. Il fallait s’implanter ou mourir. Pour Elon Musk, l’objectif est bien de réaliser un peuplement d’un territoire inhabité. Son objectif: un million de personnes dans un délai de 40 à 100 ans.

Pour cela, et avec le vaisseau présenté hier, il faudrait réaliser 10000 lancements! C’est à peu près le nombre de lanceurs utilisés en cinquante ans de conquête spatiale. Surtout, cela ne prend pas en compte les pertes éventuelles, et surtout le facteur humain: On peut craindre en effet qu’après plusieurs années sur la planète rouge, certains colons expriment le désir de rentrer. Il faudra donc que les conditions sociales, politiques et économiques dans la colonie martienne rendent la vie suffisamment attrayante.

4) Le défi socio-politique

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Qui sera le Washington martien?

C’est certainement le point où Space-X a le moins de capacités à assurer la réussite du projet. Pour construire un vaisseau spatial, il faut respecter et utiliser des règles physiques, contrôler la production, réaliser des calculs précis, etc. Nous savons bien qu’avec le « matériel humain », c’est beaucoup plus compliqué. Et dans le cadre de la colonisation de Mars, cela devient un réel défi!

Mars nous offrirait la possibilité de tout recommencer à zéro, et donner aux colons les bases d’une nouvelle organisation sociale assurant une gestion des conflits optimale, une répartition équitable des richesses, un système de santé performant, etc. bref le bonheur pour tous, rien que ça.

Malheureusement, nous ne pouvons nous affranchir de certaines contraintes anthropologiques, notamment celle qui veut qu’en plaçant deux humains dans une même pièce pendant suffisamment longtemps, ils en viennent à coup sûr à s’écharper. En outre, l’éloignement de la colonie ne la met pas à l’abri de volontés sécessionnistes, de coups d’état, de dictatures, etc. des phénomènes bien connus et souvent pratiqués durant notre histoire terrestre.

Très rapidement, il faudra que la colonie se dote d’une administration, d’infrastructures diverses, et surtout de décideurs. Seront-ils nommés par Space-X? La colonie deviendra-t-elle une nouvelle Athènes? Quelle constitution sera mise en place? Quelle nationalité auront les colons? Le défi socio-politique du projet de Space-X est immense, et il faudra tirer toutes les conclusions des processus de colonisation passés pour éviter de commettre les mêmes erreurs.

5) Le défi diplomatique

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La crise d’Agadir en 1911 a été le point d’orgue de tensions entre la France, puissance coloniale, et l’Allemagne, qui souhaitait disposer de territoire outre-mer. Cette crise faillit déclencher la Première Guerre mondiale avec trois ans d’avance. Ici la canonnière allemande SMS Panther.

Space-X est une entreprise américaine. La plus grande partie de ses employés sont des américains. Il ne fait aucun doute que les premiers colons et les futurs décideurs et cadres de la colonie seront aussi américains. Quelles conséquences cela aura-t-il au niveau international?

Il est clair que ce projet va bousculer de nombreuses lignes du droit spatial, et que la colonisation de Mars par les américains, pour les américains, ne se fera pas sans heurts. Comment réagiront européens, russes, chinois et indiens? Quelles combinaisons diplomatiques se cristalliseront autour cette première historique? Si l’on reprend le cas de la colonisation du Nouveau Monde, de nombreuses guerres sur le vieux continent ont eu lieu entre français, anglais, espagnols, portugais, hollandais, etc. Saura-t-on éviter cela?

Pour le moment, une chose est sûre: les américains sont en passe de posséder le monopole du transport vers Mars (et d’autres destinations) pour plusieurs décennies. Et comme pour tous les monopoles, cette situation permettra à Space-X et aux Etats-Unis de dégager une rente commerciale, et surtout politique.

Je ne crois pas à une politique qui consisterait à mendier ou acheter au prix fort l’accès à l’espace: Il ne tient qu’à nous de se donner les moyens de briser ce futur monopole. Où sont les Elon Musk, Jeff Bezos et Richard Brandson européens, russes, chinois, indiens? Space-X a commencé son aventure avec 125 millions de dollars. Une paille si l’on considère ce que représente un budget national. Ce qu’il nous manque aujourd’hui, ce ne sont pas les moyens financiers, intellectuels, technologiques. Ce qui nous manque, c’est la volonté politique de réaliser des choses qui comptent non seulement pour notre pays, mais aussi pour l’humanité.

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Crédits: Space-X
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2 réflexions sur “Mars: les 5 défis du projet d’Elon Musk

  1. « La plus grande partie de ses employés sont des américains. »
    Il y a erreur. 100% DES EMPLOYÉS DE SPACEX SONT AMÉRICAINS.

    Mais pas forcement par choix. La règlementation américaine ITAR interdit toute approche par un étranger de l’objet à laquelle elle s’applique… Une relique de la Guerre Froide à laquelle le Gouvernement américain tient comme à la prunelle de ces yeux puisque ça lui permet d’avoir la main mise sur (presque) toutes les créations de défense et de spatial du pays et de controler les entreprises comme SpaceX.
    Elon Musk l’a plutôt bien expliqué, et a aussi précisé que 25% des équipes techniques de Tesla étaient non-américaines. Pas mal !
    Donc peut être que les premiers sur mars ne seront pas que américains !!! 😀

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    1. Bonjour Lola, merci pour ce rappel! Je vois que vous avez pu suivre les questions qui ont suivi la présentation d’Elon Musk. On y voit en effet une femme russe se plaindre de cette contrainte. Pourtant, il est possible sous certaines conditions que l’entreprise demande une dérogation au Department of Defense américain. Ce fut le cas pour une ancienne d’Arianespace qui travaille désormais pour Space-X. Mais effectivement, l’immense majorité des employés est américaine, et comme vous le soulignez très justement, pas nécessairement par choix!

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