Socialisme et planète rouge: aperçu des ambitions martiennes soviétiques

Le succès des sondes américaines Vikings a occulté le fait que ce fut bien l’URSS qui posa en premier un engin à la surface de Mars. Il faut dire que pour un pays communiste, il y a une certaine symbolique à planter son drapeau sur la planète rouge…Retour sur les ambitions martiennes de l’Union Soviétique et de la Russie!

%d0%bc%d0%b0%d1%80%d1%81-2
« Nous sommes sur Mars » L’image rappellera forcément quelque chose aux amateurs de bandes dessinées! 

Le programme des sondes martiennes: une affaire de prestige. 

Dans l’euphorie des premières années de l’ère spatiale, les soviétiques réalisèrent rapidement l’intérêt d’une politique spatiale centrée sur le prestige. Il fallait absolument être « le premier à… ». Nikita Khrouchtchev donnait donc son autorisation pour l’envoi de sondes vers la planète rouge.

12
La sonde Mars-1  Crédits: Musée des cosmonautes de Moscou

Les bureaux d’étude Lavochkine conçurent donc Mars 1M n°1 et n°2, dont la mission serait d’effectuer un survol de Mars, et d’en prendre des photographies. Mais les deux engins finirent leur carrière en désastre, le premier explosant avec son lanceur au décollage le 10 octobre 1960, le second se détruisant dans l’atmosphère terrestre après une apogée à …120 km d’altitude. Il faut dire que l’exploration spatiale n’en était qu’à ses débuts, et que Gagarine n’effectuera son vol historique qu’en avril 1961.

En 1962, on entreprit à nouveau l’envoi de sondes vers Mars, avec le modèle 2M-V4. Le lancement prit place dans le contexte extrêmement sévère de la crise des missiles de Cuba. Les militaires demandèrent à ce que le lanceur soit retiré du pas de tir pour pouvoir y placer un missile balistique R-7. Finalement le lancement aura lieu, mais suite à un dysfonctionnement de la turbopompe du deuxième étage, le véhicule se désintégrera complètement. La fragmentation des débris amènera les américains à penser qu’il s’agissait d’une frappe nucléaire! Heureusement le pire fut évité.

Finalement, c’est la sonde 2M-V4 n°2, aussi connu sous le nom de Mars-1 qui réussira un survol à 193000 km de distance le 19 juin 1963. Elle apporta des données extrêmement précieuses concernant les champs magnétiques planétaires, l’existence des vents solaires, les impacts de micrométéorites, etc. Cependant, alors qu’elle s’approchait de son objectif, elle perdit tout contact avec la Terre, et elle ne put rapporter les clichés et les données tant espérés.

D’autres sondes furent envoyées, mais elles connurent toutes des dysfonctionnements: 2MV-4 n°3  et 2MV-3 (1962) restèrent en orbite terrestre, Zond-2 (1964) cessa de fonctionner durant son voyage, M-69 n°240 explosa huit minutes après le décollage, et M-69 n°522 explosa quant à elle dès la mise à feu (1969). Kosmos 419 (1971) ne quitta pas l’orbite terrestre.

Les premiers vrais succès furent Mars-2 et Mars-3 (1971) qui réussirent leur mise en orbite et transmirent des donnés. Surtout, Mars-3 pu déployer son atterrisseur qui fonctionna à la surface pendant près de 20 secondes…Quoiqu’il en soit, l’URSS était le premier pays à poser un engin à la surface de Mars, et tant pis pour les données scientifiques: le programme spatial soviétique était avant tout un programme de prestige.

Jusqu’en 1988, l’URSS continua d’envoyer des sondes vers Mars, avec un plus ou moins de succès.  En parallèle, les bureaux d’étude travaillaient à une exploration humaine.

 

Les projets de vols habités

sovmars
Les différents designs de vaisseaux spatiaux soviétiques Crédits: Mark Wade

On parle très souvent de « course à la Lune », mais en réalité notre satellite ne fut un objectif pour les soviétiques que très tardivement. C’est évidemment le défi lancé par Kennedy qui allait pousser l’URSS à réorienter ses efforts. Or selon certains membres du programme spatial soviétique, l’objectif primordial était d’effectuer un survol de Mars et de Vénus par des missions habitées.

Dans cette optique, une équipe de l’Institut des problèmes médico-biologiques menée par le docteur German Manovtsev simula un vol d’une durée d’an. Comme plus récemment dans le cadre de l’expérience Mars 500, il s’agissait d’étudier les comportements humains en environnement clos sur une longue durée. L’avance considérable des soviétiques dans la construction et la gestion des stations orbitales fut le fruit de cette recherche précoce, les premiers travaux débutant dès 1959.

Un design de mission avait également été étudié dès 1959 par l’ingénieur Mikhail Tikhonravov, qui travaillait à l’OKB-1 de Sergueï Korolev: il s’agissait du projet MPK (Martian Piloted Complex). Le MPK devait être un vaisseau spatial capable d’emmener six cosmonautes en orbite martienne et d’effectuer un débarquement. Il aurait fallu près de 25 lancements de la fusée géante N-1 pour finir l’assemblage de ce vaisseau en orbite en 1975.

D’autres designs furent imaginés: survol de Mars, survol de Mars et de Vénus, construction en orbite, envoi direct, etc. Outre la démesure de ces projets, c’est surtout l’incapacité de la N-1 à fonctionner et la mort de Korolev qui y mettront fin.

Quels projets martiens pour la Russie aujourd’hui?

576de785f4_33094_4140-exomars-conceptesanasa2011-abandon2012-esa
Infographie présentant le programme Exomars. Finalement Roscosmos prendre la place de la NASA et sauvera le programme des réductions de budget américains. Notez que le Rover est repoussé à 2020. Crédits: ESA

Si on les compare aux projets soviétiques, il est clair que les ambitions martiennes de la Russie actuelle sont bien modestes. Elles s’inscrivent dans le cadre de missions d’exploration internationales.

Après la chute de l’Union Soviétique, la Russie avait tenté de conserver ses acquis avec le projet Mars 96. La sonde devait se mettre en orbite de Mars, et lancer deux pénétrateurs à la surface de la planète pour l’étudier. Quinze ans plus tard, en 2011, c’est la mission Phobos-Grunt qui fut envoyée afin d’étudier l’un des deux satellites de Mars. Pour ces deux projets, le lanceur Proton subit un dysfonctionnement, et les sondes terminèrent leur course non pas en orbite de Mars, mais quelque part entre la Polynésie, la Bolivie et le Chili. L’échec de Phobos-Grunt avait amené les autorités russes à reprendre en main complètement l’administration spatiale, et à créer en 2015 Roscosmos.

Malgré les échecs, l’expérience soviétique et russe en la matière est indéniable. Le pays coopèrent activement au projet Exomars avec l’agence spatiale européenne. Dans le cadre de ce partenariat, deux lanceurs russes sont mis à contribution, ainsi que la technologie de rentrée et de nombreux instruments scientifiques.

Nous traiterons prochainement de la mission Exomars sur ce blog à l’occasion de l’arrivée de la sonde en orbite de Mars!

p03bhcw4-650x366

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s