L’initiative spatiale luxembourgeoise – Ou pourquoi on est jamais trop petit pour avoir de l’ambition

Le Grand Duché du Luxembourg a fait parler de lui ces derniers mois en annonçant une politique de développement inédite dans l’histoire de l’humanité: la croissance économique par l’exploitation des astéroïdes proches de la Terre. De quoi s’agit-il?

space-meco
Crédits: Spaceforum.eu

L’initiative Spaceresources.lu vise à la mise en place d’un cadre institutionnel et juridique qui assurerait aux entreprises la possession des matériaux extraits sur des astéroïdes ou tout autre corps céleste. L’objectif pour le Grand Duché est de devenir “la plateforme européenne d’exploration et d’exploitation des ressources spatiales”. Effet d’annonce ou réelle ambition?

Une vision stratégique pour le Luxembourg

Comme Richelieu plantant la forêt des Landes pour subvenir aux besoins de la Marine française de l’an 2000, l’initiative luxembourgeoise s’inscrit dans une stratégie de long terme, qui ne peut qu’être payante. En effet, si notre bon cardinal n’avait pas prévu que les coques des navires seraient d’acier et la propulsion, nucléaire, il est certain que l’humanité sera amené tôt ou tard à exploiter les ressources spatiales:

  • Le prix des lancements ne cesse de diminuer, une tendance qui devrait aller en s’accélérant si l’on considère les lanceurs réutilisables et le progrès technologique actuel.
  • Les ressources spatiales sont illimitées: des milliards d’objet dérivent dans notre système solaire, composés de matériaux extrêmement précieux pour notre civilisation: iridium, palladium, tungsten, rhénium, rhodium, etc. Autant d’éléments utilisés aujourd’hui dans notre vie de tous les jours pour fabriquer smartphones, ordinateurs, voitures, etc. Or l’exploitation terrestre est de plus en plus coûteuse économiquement et écologiquement. Avec l’exploitation de mines spatiales, les gigantesques mines à ciel ouvert nécessaires à notre consommation ne le seront peut être plus dans le futur.
  • Les mines fourniront des avant-postes très appréciables pour les futures missions d’exploration habitées.

Nous franchirons bientôt le point d’intersection entre pertes et profits. Les premières entreprises présentes sur ce marché très prometteur pourront profiter de rentes monopolistiques importantes. Le Luxembourg, place financière très importante, espèrent bien capter une partie de ces revenus notamment via l’imposition et les retours sur investissement.

Pour autant, l’intérêt du Luxembourg n’est pas strictement financier: ce pays développe depuis bientôt 40 ans une vraie stratégie spatiale, qui avait été initiée avec la création de SES ASTRA. Cette entreprise est le le premier opérateur de satellites au monde, avec une flotte de cinquante appareils. D’autres entreprises sont aussi aux avant-postes de l’innovation: Luxspace, CTI system, Gradel, Hitec, etc. L’initiative luxembourgeoise vise donc à développer un secteur déjà très à la pointe.

Premiers résultats

ProspectorX-640x353
Prospector-X, le démonstrateur de DSI. Vous noterez qu’il est constitué de cubesats! Crédits: DSI

Sans surprise pour les professionnels du secteur, c’est l’américain Deep Space Industries qui se rapproche rapidement du gouvernement luxembourgeois et de la Société Nationale de Crédits et d’Investissement (SNCI) pour signer un accord dans le cadre de Spaceresources.lu en mai dernier. Le Luxembourg cofinancera les recherches dans le secteur, et aidera à l’investissement. Le programme spatial luxembourgeois (LuxIMPULSE) ainsi que l’Université du Luxembourg participeront aussi à l’aventure: finance, recherche, université, industrie, c’est un pan entier de l’économie luxembourgeoise qui est tiré vers le haut grâce à cet accord hors du commun. Le ministre de l’économie, Etienne Schneider, a déjà annoncé que d’autres partenariats étaient en cours d’élaboration (probablement avec l’entreprise américaine Planetary Resources)

DSI et le Luxembourg ont déjà un plan: dans un premier temps, un démonstrateur sera conçu pour montrer et tester la fiabilité du projet. Ensuite, un premier engin de prospection sera créé, avant que l’on puisse s’attaquer à l’exploitation à proprement parler. Un plan de financement de 200 millions d’euros a déjà été mis en place. Pour Jean-Jacques Dordain, ancien directeur de l’ESA et actuel conseiller spatial du Grand Duché, c’est tout à fait faisable.

A long terme? Des choix politiques à faire!

DSI-Processor-concept
Des bases spatiales pour l’exploitation minière? Une réalité pas si éloignée…notez sur cette vue d’artiste de DSI les modules gonflables « à la Bigelow » et la capsule Dragon de Space-X. Crédits: DSI

Que fait le reste du monde? Bien sûr, de nombreuses déclarations ont déjà été faites concernant l’exploitation des ressources spatiales, notamment par la Chine ou la Russie. Mais pour le moment, aucune initiative sérieuse n’a été mise en place. Pourtant, l’exploitation des ressources spatiales pourrait marquer un tournant décisif dans l’histoire économique mondiale. C’est bien l’apport massif de richesses en provenance du nouveau monde qui a propulsé l’Europe, l’Occident, et le reste du monde dans une avancée sans précédent dans tous les domaines. Pour les nations qui avaient mené cette exploitation, les résultats sont encore visibles: Royaume-Uni, France, Espagne, Portugal, Italie, pays démographiquement ridicules si on les comparent aux géants indiens ou chinois, caracolent encore en tête en terme de puissance économique, et ce un demi-millénaire après la découverte de Christophe Colomb!

Concernant l’exploitation des ressources spatiales, on peut sans risque dire qu’il y aura deux types de pays: ceux qui seront dans l’histoire, et ceux qui n’y seront pas. Ceux qui auront pris le risque de développer ces nouvelles technologies auront accès potentiellement à des ressources illimitées qu’ils pourront revendre aux pays n’ayant pas accès à l’espace. Ils bénéficieront aussi d’un rayonnement international de grande ampleur: outre le fait que les grands accomplissements technologiques suscitent toujours l’admiration des générations, cette exploitation minière d’un nouveau genre sera écologique: il n’y aura pas besoin de mines à ciel ouvert ou de procédés chimiques dangereux sur Terre pour extraire les précieuses ressources.

Les bénéfices économiques seraient énormes, et l’on peut regretter que les autres pays européens, et en particulier la France, ne se lancent pas dans l’aventure. Il le faudra pourtant un jour ou l’autre!

Publicités

Une réflexion sur “L’initiative spatiale luxembourgeoise – Ou pourquoi on est jamais trop petit pour avoir de l’ambition

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s