Comment Ariane 6 va pouvoir relever le défi de Space-X?

Le retour du premier étage de la Falcon-9 de Space-X sur une barge au milieu de l’Atlantique fut un tournant pour l’industrie spatiale mondiale. Comme à son habitude, Elon Musk a marqué les esprits par une démonstration technologique impressionnante. Mais désormais il faudra que Space-X pérennise un modèle économique qui doit encore faire ses preuves. Quoiqu’il en soit, le ton est donné, et il faudra que ses concurrents s’adaptent à ce nouveau rythme. Une semaine plus tard, on assistait à de nombreuses déclarations sur le futur lanceur européen, Ariane 6. Quelles seront ses capacités à faire face à la Falcon-9?

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Crédits: ESA

L’organisation du projet

Les maîtres d’oeuvre des lanceurs européens ont bien compris qu’il faudrait toujours tirer les prix vers le bas pour pouvoir faire face à la concurrence de plus en plus forte de la Chine, de l’Inde, et désormais des Etats-Unis. Cet objectif est intégré dès les origines du projet Ariane 6 dans son organisation.

En juin 2014, Airbus et Safran, les deux principaux développeurs d’Ariane, annonçaient la création d’une Joint Venture à parts égales pour le développement du prochain lanceur. Chaque groupe apporte 800 millions d’euros, permettant d’établir une bonne base de financement pour la nouvelle société Airbus Safran Launchers (ASL). Airbus fournira son expertise dans les systèmes du lanceur, et Safran dans les systèmes de propulsion. Le projet du nouveau lanceur répondait à un cahier des charges fourni par l’ESA, Arianespace, et les agences spatiales nationales. La création de la Joint Venture faisait encore récemment l’objet d’une enquête par la Commission Européenne concernant le rachat d’Arianespace, car cela pourrait générer moins d’innovations, et des coûts de lancement plus élevés.

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En joignant leurs forces, Airbus et Safran deviennent les actionnaires principaux d’Arianespace, devant le CNES. Crédits: L’Usine Nouvelle

Dès janvier 2015, la nouvelle structure emploie 450 personnes, sous l’égide de Alain Charmeau, président exécutif d’ASL. En août 2015, le contrat de développement d’Ariane 6 était attribué à ASL, pour un montant de 2.4 milliards d’euros. 680 millions sont attribués de manière ferme pour le développement initial qui vient de prendre fin. La revue préliminaire est actuellement en cours, et devrait se terminer en juillet. Le lanceur devrait être commercialisé à la fin de l’année, et un premier vol devrait avoir lieu en 2020. A terme, ASL comptera 8000 salariés.

Le lanceur Ariane 6

On parle en fait ici de deux lanceurs, Ariane 62 (deux boosters) et Ariane 64 (4 boosters), qui ont des objectifs très différents. Je me permets ici de réutiliser l’infographie de présentation réalisée par le CNES.

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Crédits: CNES

On peut noter plusieurs choses sur ces deux lanceurs:

  • Ils utilisent des boosters qui sont en fait le premier étages des lanceurs Vega-C. Ainsi, la logistique est mutualisée avec celle du petit lanceur européen.
  • Le deuxième étage est propulsé par un moteur Vulcain, soit la même technologie que pour le corps principal d’Ariane 5.
  • Le troisième étage est propulsé par un moteur Vinci, soit le même que pour Ariane 5 ME (Midlife Evolution).

Ariane 6 sera donc un modèle d’optimisation industrielle. D’autant plus que sa construction se fera désormais à l’horizontale, ce qui facilitera grandement les opérations. Un procédé adopté suite au partenariat entre les russes et les européens pour lancer les Soyouz depuis la Guyane.

Les infrastructures

Les travaux de construction des infrastructures vont commencer cette année au centre spatial guyanais. Les travaux de terrassement sont déjà terminés. En tout, il faudrait vingt-sept mois pour réaliser l’ensemble des structures qui accueilleront le nouveau lanceur. L’assemblage horizontal du lanceur permettra aussi de faciliter la construction des infrastructures, puisque les bâtiments seront moins grands et beaucoup plus simples. La construction a aussi commencé aux Mureaux, où l’usine d’ASL devrait s’étendre sur 20000m².

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L’usine d’intégration des lanceurs Ariane 5, aux Mureaux.

Une solution d’attente?

Selon ASL, les lancements de Ariane 6 devraient être deux fois moins coûteux que pour Ariane 5, grâce à la combinaison de toutes les modifications que nous venons de passer en revue. Avec 12 lancements par an, le nouveau lanceur sera en mesure de satisfaire la demande européenne, ainsi que de proposer des vols commerciaux à d’autres pays du monde. Ariane est un lanceur extrêmement fiable. Voilà pourquoi le Japon, qui possède ses propres lanceurs, a envoyé 75% de ses satellites commerciaux grâce à Arianespace.

Pourtant, si Space-X réussit à cumuler l’utilisation de fusée réutilisable avec des économies d’échelle, il est probable la firme américaine puisse remporter de nombreux contrats traditionnellement alloués à Arianespace. Pour le moment, les européens restent confiants car Ariane 6 emportera un kilo dans l’espace pour une somme moins importante que Space-X. Ils ne croient pas non plus que la réutilisation des fusées soit une idée pérenne, pas plus que ne l’a été la navette spatiale.

A tout hasard, Airbus étudie tout de même un concept de moteur réutilisable, baptisé Adeline. La vidéo ici.

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