Comment Bigelow va révolutionner la conquête spatiale? (3/3)

Bigelow à la conquête du système solaire

Robert Bigelow, à l’instar de Elon Musk ou Richard Branson, a une vision de la place de l’homme dans l’univers. Ayant grandi dans le Nevada, près de la fameuse “zone 51”, il est persuadé que nous sommes visités par des formes d’intelligence extraterrestre, visites dont certains membres de sa famille ont été témoins. Il ne peut donc concevoir que l’humanité ne se lance pas elle aussi à la conquête de l’espace. Voilà pourquoi Bigelow Aerospace a de nombreux projets en court de développement pour l’exploration du système solaire.

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Comme nous l’avions vu lors du précédent article sur Bigelow, le B330 offre des possibilités accrues pour les voyages interplanétaires: plus de volume, plus de confort, plus de protection, moins de poids. La possibilité de connecter ce module à d’autres structures le rend extrêmement intéressant pour les programmes spatiaux publics, qui peuvent économiser du temps et de l’argent en achetant un ou plusieurs de ces modules pour le connecter à un vaisseau spatial plus important. On pense ici aux projets de la Nasa pour envoyer des astronautes sur la lune ou sur mars. Selon Charlie Dischinger, responsable des systèmes de vie à la Nasa, le voyage sur mars consistera à un voyage de trois ans dans une berline. Si l’on veut pouvoir envoyer une poignée de héros planter un drapeau sur la surface de la planète rouge, cela peut être envisageable. Mais il faudra quoiqu’il arrive que les astronautes disposent plus tard de vrais habitats spatiaux. Sans cela, il sera impossible pour eux de s’entraîner durant le voyage, et d’avoir la condition physique nécessaire pour pouvoir marcher à la surface de Mars après 6 mois de voyage. Sans compter qu’il faudra aussi que l’équipage dispose d’une protection contre les radiations cosmiques, et de possibilités d’effectuer des opérations chirurgicales. Tout cela nécessite de la place.

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Un premier projet de station spatial a déjà été proposé par Bigelow Aerospace: il consiste en deux modules B330 connectés, ainsi que deux points d’amarrage pour des vaisseaux spatiaux privés, fournis par Space-X ou Boeing par exemple. Cette station spatiale serait parfaite pour réaliser des expériences ou du tourisme spatiale (voir le précédent article). L’objectif est de construire rapidement un grand nombre de ces modules afin de rentabiliser rapidement les efforts consentis, et surtout de montrer que l’exploitation commerciale habitée de l’espace est possible. Le prix serait de 14 millions de dollars par personne. Mais beaucoup sont sceptiques, et pensent que ce montant sera beaucoup plus important. Selon Howard McCurdy, professeur en politique spatiale à l’université de Washington, le projet de Robert Bigelow sera dépendant du financement de la Nasa pour pouvoir atteindre ce cap où les investissements commenceront à être rentabilisés. On constate que c’est pour l’instant le cas concernant le BEAM (voir le premier article de la série). Mais pour Robert Bigelow, il faut se défaire au maximum des financements et technologies publics. Comme Elon Musk, il pense que les véhicules spatiaux aujourd’hui sont vraiment trop chers, et que l’on peut faire quelque chose à un prix beaucoup moins élevés. Les intermédiaires et les fournisseurs sont extrêmement gourmands, mais aujourd’hui les composants nécessaires à la fabrication de véhicules spatiaux sont disponibles en masse. Le recours à des sociétés spécialisées se justifient de moins en moins. A titre d’exemple, 80% des pièces d’une Falcon-9 sont fabriquées par Space-X! Aujourd’hui, la compagnie bouleverse totalement le marché des lanceurs, et ce même sans utiliser des fusées réutilisables. L’externalisation de la production n’est donc pas toujours une bonne chose.

Ces économies devraient permettre à Bigelow d’ouvrir le marché spatial à tous ceux qui le souhaitent. Et pourquoi pas envoyer des compagnies privées sur la Lune? C’est le grand objectif de Robert Bigelow dans les dix prochaines années. La lune recèle en effet des richesses incroyables. En premier lieu, on y trouve de l’hélium 3, une ressource très rare sur terre. Elle a la propriété de ne pas être radioactive et de contenir une énergie extrêmement importante, à tel point que 25 tonnes suffiraient à fournir les Etats-Unis en électricité pendant un an. Or, on estime à près de 100000 tonnes les réserves en hélium 3 à la surface de la Lune. L’exploitation de ces ressources, bien que coûteuse, serait vite rentabilisée par les retombées énergétiques sur terre. Sans parler de la possibilité pour l’homme de disposer d’une énergie entièrement propre, de l’excavation jusqu’à la combustion. La colonisation de la Lune recèle d’autres avantages,que je développerai dans un autre article.

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Quoiqu’il en soit, Robert Bigelow est certain que des compagnies privées seront intéressées par une base lunaire. Il prévoit même le recrutement d’un corps d’astronautes privés pour assister ces compagnies dans leurs expériences ou leurs activités d’exploitation. Pour accueillir ces équipes, Bigelow Aerospace a développé des B330 pouvant être déployés sur le sol lunaire.

La lune permettrait aussi de servir de tremplin pour une colonisation de Mars. On y trouve tout ce qu’il faut pour créer le carburant nécessaire, et surtout la gravité est beaucoup moins importante que sur Terre, ce qui rend beaucoup plus facile tout lancement hors du système terrestre. Selon Robert Bigelow, il sera nécessaire que des stations soient disposées le long de la route entre Mars et la Terre, en cas de problème technique ou simplement pour ravitailler. Bigelow Aerospace a déjà développé un module plus large que le B330, nommé Olympus, avec un volume de 2230m3 et une capacité d’emport largement accrue.

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La technologie développée et exploitée par Bigelow Aerospace pourrait faire une réelle différence dans l’exploration spatiale. Outre le fait qu’elle rend les voyages spatiaux plus sûrs, elle en diminue le coût. C’est pour l’instant la principale limite à une exploitation plus large du cosmos. La baisse des coûts de lancement devrait permettre rapidement d’atteindre un seuil où cette exploitation ne sera plus seulement concevable, mais aussi rentable pour un grand nombre d’entreprises.

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