Comment Bigelow va révolutionner la conquête spatiale? (1/3)

Bigelow est l’une de ces entreprises américaines extrêmement audacieuses qui vont probablement changer l’histoire de la conquête spatiale. Sa mission: développer et produire des engins spatiaux gonflables! A première vue, l’idée peut paraître incroyable, mais lorsque l’on compare avec le poids et la taille d’un module conventionnel, on comprend rapidement que ce concept pourrait accélérer considérablement l’exploitation de l’espace.  Avec le lancement récent du premier module spatial gonflable habité BEAM, c’est un petit pas pour la compagnie, mais un bon de géant pour l’industrie!

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Crédits: nbcnews.com

La création et le développement de Bigelow

Bigelow Aerospace, fut fondée en 1999 par Robert Bigelow, un homme ayant fait fortune dans l’hôtellerie et l’immobilier dans les années 1980. Son patrimoine immobilier est estimé à 700 millions de dollars. Cette fortune a pu être accumulée car Bigelow avait compris qu’il existait une réelle opportunité pour le développement d’un empire hôtelier dans le désert du sud-ouest américain, là où personne ne souhaitait investir. A la fin des années 90, il parvint aux mêmes conclusions concernant le développement de l’industrie spatiale privée: les places étaient libres, mais bientôt de nombreux acteurs  s’y installeraient et la fenêtre d’opportunité se fermerait. Venant de l’hôtellerie, Robert Bigelow a adopté un raisonnement simple: Comme l’homme a horreur du vide, la conquête spatiale ira forcément en s’accélérant, et il faudra loger ceux qui l’entreprendront. Bigelow répond à cette future demande, et en baissant les coûts, il créé aussi aussi les conditions de son apparition.

Si cette idée semble simple, sa mise en oeuvre est bien plus complexe. Robert Bigelow a cependant une solution: quelques années auparavant, la NASA avait déjà travaillé sur le concept de module gonflable, dans le cadre du projet TransHab. Il s’agissait alors de réfléchir au logement des astronautes pour des missions habitées vers Mars, et cette technologie semblait toute adaptée: Il s’agit d’un module qui est mis sous pression en orbite afin de gagner un maximum de place au décollage, et de développer un maximum de volume une fois en exploitation. La membrane est composée de plusieurs couches de matériaux techniques, dont du kevlar. Elle est, contrairement à ce que l’on peut penser, beaucoup plus résistante aux micro météorites que les cloisons en aluminium actuellement utilisées. Le long de la membrane se trouve le réservoir d’eau, qui créé de fait une couche supplémentaire, très utile pour se protéger des radiations cosmiques. A l’intérieur, se trouve le squelette de la structure, qui permet de donner  la forme voulue au module, et d’attacher les différents équipements qu’il abritera. Le module étant non-métallique, le volume sonore a l’intérieur est considérablement réduit. Selon Constance Adams, l’architecte qui a développé Transhab, “il ne faisait aucun doute qu’il aurait permit au programme de l’ISS d’économiser dans la première décennie des dizaines, voire des centaines de millions de dollars, et aurait donné à la station des capacités qu’elle n’a pas et qu’elle ne pourrait pas avoir autrement. Cela inclut un abri contre les tempêtes solaires, une capacité à recycler complètement son eau, une capacité d’arrimage doublée, et la capacité à tester des technologies spatiales de nouvelle génération telles qu’une centrifugeuse humaine, des installations médicales plus complexes, et un bouclier gonflable”. Cependant, des coupes budgétaires et des calculs politiques au congrès américain amenèrent à l’arrêt des recherches sur ce concept.

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Le module Transhab de la Nasa. Crédits: AIAA info

 

Au même moment, Robert Bigelow, un homme qui depuis l’âge de 12 ans avait décidé de devenir riche pour contribuer plus tard à la conquête spatiale, tomba sur un article traitant de Transhab. En parallèle de ses activités immobilières et hôtelières, il accumulait depuis des dizaines d’années des connaissances sur les technologies spatiales. Cet article fut une révélation pour lui, et il participa in extremis aux réunions organisées par la Nasa pour transférer le projet à un consortium privé. Après que ce dernier ait décliné l’offre, il décida de poursuivre le développement de cette technologie: Il fonda Bigelow Aerospace en 1999, il acquit la licence de Transhab en 2002 pour 400000$, et des engagements à plus long terme. Il acheta un terrain au nord de Las Vegas, et y fit venir de nombreux ingénieurs, ainsi qu’une bonne partie de l’équipe originelle de Transhab (dont l’ingénieur en chef, William Schneider). Son business plan est simple: il construirait, vendrait ou louerait ses modules à des agences spatiales, à des organismes privés, voire à des pays qui ne disposent pas de programmes spatiaux. Savoir comment ces entités exploitent ensuite les modules ne le regarde pas. Comme dit Bigelow lui-même, “il vaut mieux que vous soyez sûrs d’avoir un moyen d’y accéder et d’en revenir, sinon vous êtes dans la m…”.

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La vue depuis Genesis II, le deuxième prototype de Bigelow Aerospace. Crédits: Space.com

En 2006, l’entreprise plaça en orbite son premier prototype, Genesis I suivit par Genesis II l’année suivante, grâce à deux ICBM Dniepr russes modifiés! Le volume pressurisé est de 11,5m3 pou les deux modules. A titre de comparaison, le module de commande Apollo a un volume pressurisé de 6.3m3, un Soyouz possède 9m3. Ces deux prototypes étaient immanquablement des succès, et prouvaient que la technologique était exploitable. Pourtant il fallut que Bigelow ralentisse, car personne dans l’industrie spatiale privée n’était pour le moment en mesure de fournir l’engin qui permettrait d’effectuer les liaisons avec les modules. En 2004, il avait lancé le prix America’s Space Prize d’un montant de 50 millions de dollars, qui récompenserait la première entreprise privée capable d’envoyer un équipage dans l’un de ces habitats. Mais personne ne fut en mesure de le remporter, et il fut nécessaire pour Bigelow de faire entrer son entreprise dans un sommeil relatif.

En janvier 2013 cependant, soit 6 ans après Genesis II, la Nasa signa un accord avec Bigelow Aerospace, qui permit de repartir en avant. Un contrat de 17.8 millions de dollars fut signé pour la construction d’un module de test qui serait arrimé à la station spatiale internationale afin de tester son potentiel. Un peu plus de trois années plus tard, c’est chose faite grâce au lanceur Falcon 9 de Space X et au module BEAM, qui vient d’être arrimé à l’ISS le 16 avril dernier.

Il s’agit d’une expérience de deux ans qui va probablement transformer la façon dont nous voyageons actuellement dans l’espace.

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Vue d’artiste du module BEAM arrimé à la station spatiale internationale. La pressurisation totale du module sera effectuée en mai prochain.Crédits: Bigelow Aerospace

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