Les nanosatellites: un tournant majeur pour l’industrie spatiale (3/3)

Un premier pas vers la “spatialisation” de nos sociétés?

L’orbite basse terrestre est accessible à de plus en plus de monde. L’accélération de ce phénomène n’ira pas sans conséquences sur nos sociétés.  Il faut d’ores et déjà comprendre quelles sont ces conséquences, et identifier les opportunités et les menaces qui apparaissent avec elles.

debrisspatiaux

Crédits: Upmc.fr

D’un point de vue économique, l’espace a toujours été une bonne affaire, avec des taux de rentabilité assez importants, et des avancées technologique et scientifiques considérables. Aujourd’hui, cette rentabilité n’est plus l’apanage de grandes structures étatiques ou de sociétés puissantes, elle est à la portée des PME et des universités. On assiste depuis 10 ans à la création d’un vaste réseau de petites entreprises, que nous avions identifiées lors d’un précédent billet.

Ces entreprises ont plusieurs mérites: Tout d’abord elles vont contribuer  au développement des technologies nécessaires à la conquête spatiale. Grâce au principe de retour d’expérience, la multiplication des plate-formes orbitales, du plus modeste des femtosatellites jusqu’à la station spatiale internationale, va permettre d’obtenir un nombre important de données vitales pour le futur de l’homme dans l’espace. Par exemple, comment savoir comment vieillissent des composants électroniques soumis aux radiations spatiales pendant de longues durées? Comment savoir quel est le comportement d’un incendie dans l’espace? Ou bien quels changements la microgravité induit dans le corps humain? Le retour d’expérience est capital pour le progrès technologique. Si l’on ne construit plus de caravelles pour traverser l’Atlantique, c’est parce que des dizaines de milliers de bateaux ont été construits depuis en tenant compte des éléments à améliorer.  

Outre le progrès technologique, le retour d’expérience rend chaque nouveau lancement plus sûr, ouvrant la voie à une vaste exploitation commerciale. Un phénomène qui est en plein développement, notamment grâce à l’amélioration de la fiabilité des lanceurs. Nous ne serons bien évidemment jamais à l’abri d’un “TItanic spatial”, comme les navettes Challenger et Columbia nous l’ont montré. Mais les touristes spatiaux de demain n’auront certainement pas la même appréhension que Youri Gagarine ou que Alan Shepard.

Enfin, la spatialisation de l’économie ne concernera plus quelques agences nationales dont les ambitions seront dépendantes des budgets alloués. A terme, un épais réseau d’entreprises irriguera la société en créant emplois directs et indirects, générant des revenus par l’impôts, ouvrant des débouchés aux jeunes ingénieurs et techniciens. Les revenus générés pourront être réinvestis par l’Etat dans ce secteur porteur, et tirer l’ensemble de l’économie. Quand on y pense, la spatialisation de l’économie pourrait permettre de remédier aux crises profondes du système actuel.

Il y a cependant des questions à soulever: avec l’augmentation du nombre d’objets en orbite, comment pourrons-nous gérer l’occupation de l’orbite basse? D’ores et déjà, la présence de nombreux débris dans l’espace est une menace constante pour les projets en exploitation. Même s’il est vrai que les nanosatellites ne restent que 1 à 2 ans en orbite, 3000 engins sont amenés à être lancés dans les 5 ans! La réglementation des activités spatiales sera un vrai casse-tête pour les spécialistes du droit international. La privatisation de l’industrie spatiale peut aussi nous faire craindre l’apparition d’un “Far West” spatial, une zone de non-droit où la nécessité de rentabilité commerciale amènerait à des situations à terme non-profitables pour tous.

Pour terminer, il faut souligner l’importance stratégique du domaine spatial, et par conséquent la possibilité qu’un jour nous assistions à la première guerre orbitale! A titre d’exemple, la puissance de l’US Army aujourd’hui est entièrement basée sur la maîtrise de l’espace, où sont positionnés les systèmes de guidage au sol et les télécommunications. Ces systèmes contribuent pleinement à l’efficacité militaire américaine. En cas de conflit majeur, la destruction des satellites sera une priorité. A ce sujet, je vous invite à vous renseigner sur le X-37B un drone spatial américain dont on pense qu’il pourrait s’agir d’une arme anti-satellite.

Le nanosatellite est un premier pas vers ce futur fait d’opportunités et de menaces, car il met à la disposition d’un grand nombre les bénéfices incroyables de l’espace. Il permettra à de nombreux acteurs de rentabiliser leurs investissements et d’initier des projets de plus en plus vastes, engendrant ainsi le cercle vertueux par lequel l’humanité s’élancera dans l’espace.

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